[Mode d'Emploi] Alors que les débats sur le mariage pour tous occupent l’agora, nombreux sont ceux qui remettent en cause le fait même de vivre en « couple ». Vivre seul n’est plus une tare. Vivre seul et heureux, c’est possible. Les modes de vie actuels, la mutation des traditions et l’évolution des moeurs démontrent l’attrait croissant de l’individu pour la vie en solo plutôt qu’en duo. Comment trouver sa place dans la ville d’aujourd’hui ? Le sociologue américain Eric Klinenberg, spécialiste des sociétés urbaines, répond aux interrogations des élèves de première de différents lycées de la région lyonnaise.  Un échange instructif. 

 « Times, they are a-changing » (« Oui, oui, tout va changer ! ») (article disponible en Anglais)

Mes chers contemporains,

Savez-vous seulement d’où vous venez ? Êtes-vous simplement issu de l’embryon d’un embryon ? Ou, pourquoi pas, du modèle d’une ville, d’un monde, d’une évolution ?

Alors, pourquoi ne nous respectons-nous pas ? De nos jours, trop peu de villes prennent en compte l’évolution de notre mode de vie : nous ne prenons pas le temps de vivre en harmonie avec les autres, à commencer par nous-mêmes…

 

Réveillons nous ! Pour réussir, il faudrait déjà pouvoir vivre ensemble et échanger, plutôt que de se renfermer dans son petit « chez soi » et laisser « les autres » esseulés, appauvris par notre individualisme. Il faudrait aussi imaginer, réorganiser les villes, les adapter de manière à nous y côtoyer quotidiennement, et rendre les villes les plus saines possibles pour y vivre proprement et durablement.

 

Il s’agit aussi et surtout de comprendre notre passé, car comme disait Sénèque « C’est le passé qui doit conseiller l’avenir ». Des  sociologues, des historiens ou des géographes comme  E. Klinenberg, R. Sennett ou M. Lussault nous alertent ; pourquoi ne les écoutons-nous pas ?

 

Maintenant, nous avons les clés de notre avenir, profitons-en, cela ne sert à rien de les garder. Donnons-nous les cartes pour réussir !

Les élèves de 1ère ES/L section européenne du lycée Parc Chabrières (Oullins)

 

En solo ou en couple : deux modes de vie différents (article disponible en Anglais)

Avec Going Solo, Eric Klinenberg nous explique la hausse phénoménale et l’attrait surprenant que semble générer la vie en solitaire. Ce phénomène sociologique concerne la moitié des habitants des grandes villes, même Paris, ville des amoureux. 
Loin des clichés de la vieille dame vivant seule avec pour unique compagnon son vieux matou arthritique et son feuilleton hebdomadaire, Klinenberg développe plusieurs facettes de la vie solitaire, évoquant  le fait que les gens qui vivent seuls soient plus sociables et plus susceptibles de sortir, voir leurs amis et voisins, que leurs condisciples mariés.

Les personnes âgées, quant à elles, désirent généralement conserver leur indépendance plutôt que de se faire prendre en charge par un membre de leur famille.
A l’essai purement théorique sont inclus de nombreux témoignages de « singletons » de tous âges, qui rendent ainsi la thèse plus vivante et sincère, les interviewés n’hésitant pas à faire part autant des avantages que leur procure leur  choix de vie, que de leurs doutes et angoisses, renforcés par la façon négative dont ils sont considérés par le reste de la société. Pourtant, comme le souligne Klinenberg, le fait de vivre seul n’est pas forcement corrélé au fait de se sentir seul.

Juliette V-D, Célia B. et Sophie C. du lycée Saint Exupéry, Lyon

 

Le célibat, c’est la liberté

D’après le sociologue Jean Claude Kaufmann, la norme actuelle est d’avoir une séquence de vie en « solo ». En 1999, 30 % des Français étaient en mono ménages. Aujourd’hui, ce phénomène touche de plus en plus les jeunes : 33 % des 20-29 ans vivent seuls.

Lorsqu’une personne vie seule, il n’y a pas de conflits, ce qui est fort avantageux. Le célibat permet aussi de profiter de sa jeunesse en sortant les soirs et les week-ends sans avoir de contraintes. Un coup de téléphone aux amis et c’est parti pour un resto, un ciné ou une soirée en boîte de nuit. Les sorties sont quotidiennes !

90 % des célibataires surfent sur Internet. Les jeunes célibataires cherchent à rencontrer des personnes grâce à internet et des sites comme Facebook, Skype, ou Myspace, même pour une relation de courte durée.

Vivre en couple, c’est privilégier l’intimité et les relations profondes

Les personnes en couple partent en vacances à deux. Elles préfèrent rester ensemble plutôt que sortir en groupe pour partager des moments privilégiés.

Elles passent aussi du temps en famille car elles rendent visite à la fois aux proches de la femme et à ceux de l’homme. Elles fréquentent les amis de chacun ce qui leur permet de faire de nouvelles rencontres. C’est une vie sociale différente de celle des célibataires, qui permet de créer des liens forts et durables.

Première ES 107 du lycée Germaine Tillion, Sain-Bel

Eric Klinenberg tente de répondre aux interrogations des élèves… (article disponible en Anglais)

« De nombreux chercheurs en sciences sociales voient la montée de l’individualisme comme un symptôme d’aliénation et de désintégration sociales. Ils pensent que le monde a connu autrefois un âge d’or où les familles étaient plus proches, les amitiés plus profondes, les communautés plus soudées et que nous sommes à présent entrés dans l’ère du déclin social.

Je vois les choses différemment. De nos jours, un nombre sans précédent de gens habitent seuls justement parce qu’ils vivent dans des sociétés qui se caractérisent par des relations fortes et des systèmes de sécurité sociale généreux. Grâce à ce soutien mutuel, nous permettons à chacun de vivre comme il l’entend, avec d’autres personnes ou tout seul. C’est la raison pour laquelle s’installer seul est tout à fait commun dans des pays où l’état providence est solidement implanté tels que la Suède, le Danemark ou la Norvège, cela explique également que ce phénomène est bien plus courant dans les grandes villes que dans les banlieues et les petites villes.

Après avoir consacré de nombreuses années de recherches à ces « solocataires », j’en suis arrivé à une conclusion surprenante : c’est notre interdépendance qui rend notre indépendance possible. »

 Eric Klinenberg

 ALLER PLUS LOIN

Going Solo : le choix de la solitude ? Rencontre avec Eric Klinenberg et Dr Emmanuel Venet, Jeudi 29 novembre 18h30-19h30 à la Ferme du Vinatier, Bron.

One thought on “Trouver sa place dans la ville d’aujourd’hui

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